DOCUMENTS 20

Le matin du 13 décembre, l’aviation et la marine française repèrent les trois bateaux à la dérive et repêchent les rescapés. Les Français mettront douze jours pour reprendre à terre les survivants des deux premières embarcations. Au total sur 198 candidats à l’évasion, 81 ont péri noyés.
Ainsi donc, d’après le texte officiel, deux bateaux se brisent à faible distance du rivage. Les trois autres prennent l’eau et finissent par couler. Dans le roman, le n° 1 coule. Le n° 5, repéré par un avion, est rattrapé par un bateau français sur lequel se trouvent déjà les évadés des n° 2 et 3. Le sort du n° 4 n’est pas précisé.
Les personnages du roman
Les deux chefs des évadés y apparaissent sous leur nom réel :
– VAN : le ” Grand Frère “, Anh Ca, telle est l’appellation affectueuse et respectueuse donnée au secrétaire de la section du Parti, le camarade Van, alias l’oncle Y. Déjà d’un certain âge, il est amaigri par la maladie et tousse beaucoup. Ses directives, toujours données d’un ton calme, ne sont jamais discutées. Mais il sait écouter et recherche les avis de ses compagnons. Son prestige est considérable.
– DU : âgé de 27 ans en 1952, Phan Du est désigné par le Grand Frère comme responsable de l’organisation et de la direction de l’évasion. Cet ancien chef de compagnie des commandos nordistes a été l’heureux amant de la belle Thom, alors qu’il était encore ouvrier d’usine et elle marchande ambulante.
Parmi les autres personnages mis en scène citons :
BANG : c’est un jeune héros nordiste à l’état pur. Bang Lê n’a que 18 ans lors du drame. Engagé très jeune dans les Forces principales, il y est surnommé soit Le Morveux à cause de son âge soit Le Coq de Combat pour son tempérament batailleur. Au début de 1950, alors que son peloton a été presque anéanti, il résiste à toute une compagnie ennemie. Il a épuisé ses munitions lorsque les Français attaquent. Il sort de son trou et fracasse la tête d’un ennemi en se servant de son fusil-mitrailleur comme d’une massue. Un soldat français, pour venger la mort de son camarade, scalpe Bang Lê à l’aide d’une baïonnette. Depuis, son crâne couvert de cicatrices est hérissé de rares touffes de cheveux ayant repoussé sur quelques lambeaux de peau.
– BON : de profession mineur de charbon, sous-chef de section des forces régionales, c’est un soldat endurci, à qui Phan Du confie la mission primordiale de faire prisonnier l’adjudant français lors de l’insurrection. Lui-même, il refuse de se laisser reprendre ; il se jette du haut d’une falaise, évitant ainsi à ses compagnons d’être maltraités. Bôn personnifie toutes les qualités de la classe ouvrière.
– CHUC : il est chargé par le Parti des activités récréatives. Son talent est grand, en particulier pour improviser et chanter des poèmes. Avec Bang, Chuc a reçu l’ordre de creuser un trou pour y cacher des documents. Ils sont surpris par des gardiens, soumis à un interrogatoire et passés à tabac. Alors que Bang reste inflexible, Chuc cède à la douleur. Il finit par remettre un document, quelques journaux et revues. En fait ces papiers, qui ne représentent pas la totalité des documents, ont peu de valeur. Mais, lorsqu’il regagne le baraquement, Chuc passe devant le tribunal des bagnards. Il est condamné à une suspension des activités qui lui avaient été confiées.
– HOC : on l’appelle Le Vieux car, s’il n’a que 55 ans, il en paraît 70. Toute sa vie il a été passeur de bac. Pour avoir fait traverser le fleuve à des guérilleros il est envoyé au bagne en 1948. Sa seule famille, c’est le Parti auquel il adhère en 1949. Au poste de cuisinier qu’il occupe, il joue un rôle de plaque tournante très important. Son dévouement et son esprit de sacrifice le font aimer de tous.
VINH : c’est le seul sudiste parmi les principaux personnages. Encore enfant il est laveur de voitures dans un garage de Saigon. Il apprend tout seul à conduire et devient un chauffeur émérite. Il s’engage comme agent de liaison dans les commandos de la mort de la Région Saigon-Cholon, ce qui lui vaut d’être envoyé au bagne. Son accent du Sud, son caractère enjoué, ses dix-sept ans réjouissent tous ses compagnons. Son amitié avec Bang symbolise la chaleur des relations qui lient le Sud au Nord.
– THAÏ : il a quarante ans et on l’appelle oncle Thai et, parfois, ” le barbu “, en souvenir de deux épisodes qui l’ont rendu populaire parmi les bagnards.
D’une part, c’est l’un des quinze hommes débarqués à Hon Ba. A la fin de la cavale, il est doté d’une barbe importante.
D’autre part, à l’occasion du Têt 1953, il tient le rôle de l’Empereur de Jade, rôle qui exige le port d’une longue barbe chenue, barbe artificielle cette fois. Il y obtient un grand succès.
Illettré, il suit les cours organisés par les bagnards et est cité en exemple pour ses progrès rapides. Il perd la vue pendant un certain temps par suite de la malnutrition, mais il continue d’apprendre à écrire, faisant preuve d’un courage indomptable.
– THÊ : c’est un homme d’une trentaine d’années, marié et père d’une fille âgée de treize ans en 1954. Ce paysan- pêcheur de la région de Sâm Son est chef de milice communale lorsqu’il est capturé par l’ennemi, en 1950, en train de pêcher en mer. S’il est adroit de ses mains, il est également d’esprit agile. C’est lui qui propose de construire les bateaux en vannerie. C’est aussi l’un des hommes de confiance de Phan Du qui le charge de neutraliser Tu My du service des recherches, attiré par les tortues de la plage voisine du lieu de la mutinerie. Si Tu My s’était échappé, tous les efforts accomplis pour s’évader auraient été vains. Thê est discipliné. Malgré la haine et le dégoût que lui inspire le détenu passé au service des Français il résiste à l’envie de l’abattre, respectant les consignes reçues.
Thê reçoit le commandement du dernier des cinq bateaux dont il réussit à éviter le naufrage mais pas la capture.
THOM : l’amante de Phan Du a vingt-trois ans en 1954. Elle est non seulement extrêmement belle mais elle a toutes les vertus de la jeune femme viêtnamienne idéale. Dévouée à sa vieille mère, elle éprouve pour son amant un amour très pur. Lorsqu’il s’engage dans les commandos, elle s’enrôle de son côté dans les services de secours aux blessés. Courageuse patriote, c’est de surcroît une bonne communiste, mais il semble que, parfois, elle préférerait quelques baisers aux discours idéologiques tant soit peu ennuyeux que lui débite son amoureux.

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