HISTOIRE 31

13. HON CAU, BAGNE-JARDIN DES “ POLITIQUES “ DES ANNÉES TRENTE
Hon Cau, l’île des aréquiers, est située à environ 12 km au nord-est de la Grande Condore. Sa superficie est de 180 hectares. Pendant longtemps la ressource principale a été constituée par les nids d’hirondelles ramassés sur les falaises rocheuses.
Au début du XIXe siècle les vallées fertiles du sud ont été défrichées et un hameau y a été fondé, portant le nom de Madame Vo Thi Thiêt, contemporaine du futur empereur Gia Long. Elle lui vint en aide pendant son séjour dans l’archipel, le ravitailla en paddy et fit tisser pour lui de la soie grège. La production agricole du hameau était écoulée en Cochinchine, notamment les noix d’arec particulièrement appréciées, d’où le nom donné à l’île.
J.C. Demariaux s’y est rendu alors qu’on y détenait les vedettes du bagne parmi lesquelles les prisonniers politiques importants. Voici la description qu’il en donne.
” Je ne connais pas d’endroit plus ravissant. On dirait une corbeille de verdure découpée dans un jardin anglais, et déposée sur la mer…
C’est un véritable paysage d’églogue qui s’offre à mes yeux (alors que le bateau se rapproche). Une végétation tropicale enchevêtrée monte à l’assaut d’une colline rocheuse : cocotiers pluvieux, palmiers vernissés, bananiers à chevelure blonde, frangipaniers de neige, flamboyants pourpre, manguiers, muscadiers, calebassiers.
Et, dominant le tout, les longues tiges annelées, surmontées d’un plumeau, des aréquiers.
Dans les clairières le sol est chaotique. Des crevasses, qui ont dû être des solfatares, serpentent çà et là. Hon Cau fut plusieurs fois secouée par des tremblements de terre.
Tout à fait au sommet un monument patiné et moussu élève vers le ciel une croix de pierre. C’est le tombeau de Mme Vo Thi Thiêt…
Nous débarquons sur la plage lumineuse.
De riantes cases en bambous et en torchis se dressent au milieu de plantations impeccables : maïs, canneliers, légumes de toutes sortes qui ravitaillent le bagne.
En plus des prisonniers notoires à surveiller, on enferme dans l’île des aréquiers les vieillards qui ont besoin de repos. Ils mènent là une existence paisible à pêcher, jardiner, élever des poulets et des pigeons verts. Certains sont ici depuis vingt ans. ”
Il est probable que les communistes ont dû maudire les VNQDD après la tentative d’évasion de ces derniers, tentative qui eut pour conséquence que les ” politiques ” furent tous ramenés dans le Bagne II, lieu de séjour beaucoup moins agréable que Hon Cau, l’île enchanteresse.

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