HISTOIRE 34

18. L’ÉVASION DE BAY VŒN DE FÉVRIER 1940
Il en existe deux récits présentant quelques différences qui portent notamment sur l’embarcation employée : radeau dans l’un, canot dans l’autre.
Récit de Pierre Darcourt
“… Au cours des trois dernières années, Bay Vien a tenté quatre fois de s’évader. Deux fois, les Cambodgiens l’ont intercepté dans la forêt ; la troisième fois, deux de ses complices ont été capturés au moment où ils mettaient le radeau à la mer. Bay Vien s’était réfugié dans une grotte de la montagne. Débusqué par les chiens de chasse cambodgiens, il s’était durement battu…
Sa dernière tentative remontait à huit mois… Mais la mer déchaînée avait fracassé son radeau contre les récifs…”
Ces échecs successifs ne l’ont pas découragé. Un nouveau radeau a été construit à son intention par une équipe de bûcherons et Nhan un maître-pêcheur s’est désigné pour l’accompagner.
“… Le radeau est formé de troncs de sagoutiers de six mètres de long, reliés par des cordes épaisses de trois centimètres. Deux madriers assemblés en pointe vers l’avant forment une sorte de proue ressemblant à un soc de charrue émoussé. L’arrière est taillé en ligne droite, sauf les deux troncs du milieu qui dépassent un peu pour servir de base à un bloc de bois supportant l’aviron de queue qui fait office de gouvernail. Les provisions sont enfermées dans un abri en rondins couvert de feuilles de bananiers superposées. En avant de l’abri, un mât en bois de manguier, dur comme fer, équipé de poulies et de cordages, permet de tendre une grande voile carrée en paille de riz, enroulée pour l’instant à deux cannes de bambous. Le radeau n’a ni bastingage ni rebord, mais de chaque côté est placé un long et mince tronc de palmier où les pieds trouvent une retenue… ”
Récit de Nguyên Hung
Dans ce récit l’embarcation utilisée est un canot à rames et à voiles de la pêcherie. Avec la complicité d’un surveillant, Nam Be a fait fabriquer un double de la clé du magasin, ce qui permet, le jour venu, de dérober le canot qui y est remisé la nuit.
Les quatre évadés Bay Viên, Muoi Tri, Nam Be et Sau Nhi s’embarquent un matin à sept heures devant So Luoi. Ils espèrent arriver à Hon Tre Lon avant neuf heures mais ils n’y parviennent pas. Aussi font-ils demi-tour pour ne pas se faire repérer par les guetteurs à l’affût et ils vont se cacher près de Da Trang.
Pour calmer l’angoisse de ses compagnons, Bay Viên joue avec Muoi Tri plusieurs parties sur un échiquier offert par un vieux bagnard et demande à Nam Be et Sau Nhi de raconter leur vie.
Lorsqu’ils repartent enfin, la première journée de navigation en haute mer se déroule sans incident.
Mais, le jour suivant, ils voient surgir devant eux une tornade ” semblable à un dragon crachant une colonne d’eau depuis la mer jusqu’au ciel “. Le jour s’est brusquement obscurci. Tout autour il pleut des trombes d’eau. Il arrive sur le canot des vagues hautes comme des immeubles. Deux d’entre elles, immenses, s’abattent sur la minuscule embarcation à laquelle s’agrippent les quatre passagers. Ils sont tout étonnés de se trouver encore en vie après avoir reçu ainsi des tonnes d’eau sur la tête .
La tornade s’éloigne aussi vite qu’elle est arrivée. Il cesse de pleuvoir et le ciel redevient serein.
Les évadés ont perdu toutes leurs provisions et les touques d’eau. Ils doivent boire leur propre urine et manger le poisson cru attrapé avec des lignes de fortune. C’est ainsi qu’ils peuvent continuer leur route.
Mais leurs émotions ne sont pas terminées. Au moment où, à l’horizon, commence à se dessiner la terre, ils voient se profiler dans une autre direction l’antenne d’un navire français en patrouille. Vite, ils amènent la voile pour ne pas être aperçus et, à leur grand soulagement, le navire s’éloigne.

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