UN LONG PAYS D’EAU ET DE MONTAGNES 3

La diversité du peuple vietna¬mien
Le Viêt-nam représente la douzième plus forte population mondiale avec près de 72 millions d’habitants. Sa densité moyenne est de 130 habitants au km2. 80% de la population est constituée de Viêts, connus sous le nom de Kinh. Ils habitent en plaine et cultivent du riz. Leur groupe ethnique est un mélange de Chinois, d’indoné¬siens, de Thaïs, qui s’est opéré entre 200 avant et 200 après J.-C., dans le delta du Fleuve Rouge. Le reste de la population (environ 20 %) est constitué d’une soixantaine d’ethnies ou de nationalités qui vivent et travaillent à la campagne : des Thaïs, des Khmers, des Muong, des Hmong, etc. On peut y ajouter la com¬munauté chinoise avec ses traditions ancestrales et son goût très prononcé pour le commerce. En dépit de la rup¬ture, en 1979, des relations entre la Chine et le Viêt-nam, et de la fuite vers la mère patrie et vers l’Occident, les Chinois sont encore nombreux et sur¬tout concentrés dans le sud du pays.
Malgré l’effort du gouvernement viet¬namien pour intégrer les nombreuses minorités ethniques, on distingue aujourd’hui cinq grands groupes:
• La famille austro-asiatique (Môn- Khmère), la plus ancienne, établie en Indochine : les Kinh, ou Vietnamiens.
lls sont issus des Yué (tribus chi- noises) et de populations mélano- indonésiennes. Cette famille englobe aussi bien des tribus de montagnes et de plateaux (Mnong, Lâc), des Khmers rescapés du puissant empire angko- rien, que des populations Muong.
» La famille austronésienne (Malayo- Polynésienne) composée des Câms, des Chru, des Hroi, des Jaraï, des lRhadé et des Raglaï. On connaît sur¬lout les Câms (ou Chams) qui furent adis à la tête d’un grand royaume éta¬bli en Annam, vaincu par le nord du pays, au XVe siècle.
» La famille Thaï-Kadaï qui constitue ta plus grande minorité au nord du Fleuve Rouge, dans les montagnes bordant le delta et dans l’arrière-pays du Thanh Hoa et du Nghe Tinh. Ces populations se divisent en deux familles principales : les Thaï Khao blancs et les Thaï Dam noirs.
• La famille Miao-Yao qui cultive tou¬jours le pavot (malgré les interdictions virtuelles) et vit au-dessus de 600 mètres d’altitude. Les Miao (ou Méo), comme lesYao, sont originaires du sud de la Chine.
• La famille sino-tibétaine se com¬pose de montagnards Lolo, Hani (tous deux répartis inégalement dans le haut-Tonkin) et de Hoa, commerçants d’origine chinoise. Les Lolo pratiquent la culture sur brûlis à jachère et la rizi¬culture inondée, dans les vallées.
La langue vietnamienne
Elle est, comme le chinois, d’origine austro-asiatique. Monosyllabique, elle comporte six tons et emprunte à la langue chinoise de nombreuses expressions. Elle a été transcrite en une écriture à base de caractères latins au XVIIe siècle, par le jésuite français Alexandre de Rhodes, qui lui a donné le nom de Quoc Ngu. Cette nouvelle écriture remplacera progressivement, au début du XXe siècle, d’abord dans le sud puis au nord, le système de trans¬cription à base de caractères chinois trop élitiste. Hormis cette langue offi-cielle de la majorité Kinh, de nom¬breuses tribus minoritaires possèdent leurs propres parlers. Rappelons que, de 1858 à 1945, la langue officielle du pays était le français.
La société vietnamienne
Jusqu’au début du XXe siècle, elle était essentiellement constituée de popula¬tions rurales ; s’y ajoutaient dans les villes importantes (Hanoï, Hué), les administrateurs, les lettrés, les com¬merçants et les artisans placés sous l’autorité royale. Avec la colonisation française, la modernisation du pays, le développement économique, la parti¬tion politique du territoire, l’installation autoritaire du socialisme, l’intervention américaine, l’émigration des années 70/80, cette société n’est plus ce qu’elle était à l’époque des Empe¬reurs. Mais, très marquée par dix siècles d’occupation chinoise, elle en a gardé la hiérarchie bureaucratique, l’influence morale confucianiste et bouddhiste. Si l’on ajoute à cela le tra¬ditionnel culte des ancêtres et cer¬taines croyances populaires liées à des superstitions ; il subsiste, d’une façon inaltérable, l’importance de la cellule familiale et un mode de vie rythmé par le cycle des saisons et les grandes fêtes religieuses.
La diaspora vietnamienne
Plus de 1 500 000 Vietnamiens vivent hors de leur pays. Si certains d’entre eux aident parents ou familles demeu¬rées sur place, beaucoup sont restés à attendre dans des camps de réfu¬giés, les promesses d’une vie plus heureuse.
L’exode des Vietnamiens a commencé au XIIIe siècle, sous la dynastie des Ly, lorsque les populations fuirent vers le sud a la suite de massacres ordonnés par le général Trân Thu Dô. Durant les deux guerres mondiales, beaucoup de Vietnamiens travaillèrent dans l’indus¬trie d’armement et firent leur service militaire, d’autres vinrent en France pour y faire leurs études et s’y fixèrent. Entre 1954 et 1965, ce fut la fuite vers la France tandis qu’un million de réfu¬giés du nord du Viêt-nam demandai asile au sud. Après la chute de Saigon en 1975, et la réunification du pay: sous un régime communiste, des dizaines de milliers de Vietnamiens vont tenter de trouver refuge à l’étran ger en fuyant leur pays par mer sur des embarcations de fortune. La me devint souvent le linceul des « boa people >>. Les pays d’accueil ne firen qu’entrouvrir leur porte ; cependant er 1977, les Etats-Unis furent les premiers à accueillir chaque mois les rescapés de la faim et des camps de réfugiés L’Australie en recueillit 20 000, les camps de Thaïlande contiennent près de 90 000 réfugiés, la Malaisie enviror 13 000, d’autres fuirent vers Honç Kong, Singapour, l’Indonésie ou le Japon ; la France accepta 40 000 réfugies vietnamiens.
Un accord a été signé, en 1992, entre le Haut Commissariat aux Réfugiés et les autorités de Hong-Kong pour le rapatriement volontaire, ou forcé, de 56 000 Vietnamiens. Mais plus de 100 000 réfugiés (chiffres 1999) par¬qués dans des camps, en Asie du Sud-Est, attendent toujours que leur destin soit fixé…

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