UN LONG PAYS D’EAU ET DE MONTAGNES

Tel un amant repoussé qui garde en son cœur l’amour pour sa belle, l’Occi¬dent demeure toujours attaché à l’Orient. Ainsi, le Viêt-nam, avec la somptuosité de sa nature et le destin de son histoire, revient inlassablement sur le grand océan de notre imaginaire et sur les vagues de nos souvenirs. Se retrouvent entrelacées toutes les légendes fabuleuses où régnent à l’intérieur de pagodes vernissées les bons génies, et les fabuleux dragons de bois doré enroulés aux colonnes pourpres des temples. Apparaissent les irréelles baies entourées de halo de lumière orange, les fragiles embarca¬tions aux ailes de papillon, les villages de « la Route Mandarine », aux ponts de bambou, les villes de jade aux toits enrubannés de faïence, les jeunes épouses aux chevelures de lianes, belles comme les matins d’Asie. Ce Viêt-nam auquel nous sommes atta¬chés, nous le connaissons depuis longtemps. L’Antiquité le nomme « l’Inde transgangétique ». Pline affir¬me que « la terre y est d’or et d’ar¬gent ». Plus tard, les aventuriers éga¬rés en ce lieu mystérieux prennent plaisir à décrire avec passion cette « Méditerranée indienne «placée entre une Chine secrète et une Inde sacrée.
Envoyé en mission par l’empereur mongol, alors qu’il doit se rendre vers les mers chaudes, le vénitien Marco- Polo traverse le pays de Champa, en 1288, qui deviendra l’Annam. Il tombe en admiration devant la rare beauté des « princesses au pays de porce¬laine », est impressionné par la déme¬sure des temples hindous aux couleurs vives et par la profusion de bois pré¬cieux venus des opulentes forêts de l’intérieur du pays. Il faut attendre les grandes odyssées de Vasco de Gama, au XV0 siècle, pour que l’Orient et l’Occident fassent connaissance. C’est alors que l’Occident découvre les porcelaines, les épices, les soies, et les premières descriptions de la côte indochinoise grâce au va-et-vient des moines, missionnaires, marchands, voyageurs, sur la route maritime de la Chine. Au milieu du XIXe siècle, les pre¬mières cartes des côtes et des plaines littorales peuvent enfin être consultées. Les provinces intérieures sont encore négligées ; l’arrière-pays ne sera découvert qu’au moment de l’interven¬tion militaire française, avec la création d’un service géographique officiel. En 1860, l’Indochine administrative est née. La découverte de ce pays d’enchantement, des rizières aux mon-tagnes, fera naître, en France, une véri¬table passion pour cette terre, qui ne s’achèvera qu’au bout d’une guerre coloniale ; un attachement que nous gardons toujours.
Aujourd’hui, après une trentaine d’années de lutte héroïque pour l’uni¬fication du pays, le Viêt-nam retrouve son identité. Demain, il deviendra une grande puissance, les investisseurs commencent déjà à lui apporter tech¬niques et capitaux. Le Viêt-nam sera alors un nouveau « dragon » dans une économie Asie-Pacifique des plus per¬formantes. Il ne restera plus de « la belle colonie » que des photographies jaunies par le temps. Souhaitons-lui bonne chance. Après tout, comme le dit Roland Barthes « il existe encore des milliers de choses à apprendre de l’Orient ».

La géographie
Le Viêt-nam s’étend, tout en longueur, entre la mer et une chaîne de mon¬tagnes, bordant le flanc oriental de la péninsule indochinoise. En forme de grand S (ou de Dragon), le pays s’étire sur près de 1 700 kilomètres depuis sa frontière septentrionale avec les pro¬vinces de Guangxi et du Yunnan (en Chine) pour se terminer jusqu’à l’embouchure du golfe de Thaïlande, dans le delta du Mékong. D’ouest en est, il est bordé par le Laos et le Cam¬bodge. Sa largeur peut varier d’une cinquantaine de kilomètres dans la partie centrale, à près de 600 km au nord, dans le delta du Fleuve Rouge.
La superficie du Viêt-nam est d’environ 330 000 km2 (à peine supérieure à celle de l’Italie et représentant environ les 3/5e de celle de la France). Long pays, étroit au centre, ouvert au nord et au sud en deux vastes plaines del¬taïques fertiles, le Viêt-nam se com¬pose essentiellement de collines et de montagnes (le point culminant étant le Fan Si Pan, à 3 143 m, dans le massif du Floang Liên Son, au nord).
Le Viêt-Nam se divise en trois grandes régions bien distinctes : le nord ou Bac Bô (ancien Tonkin), le centre ou Trung- Bô (Annam) et le sud ou Nâm Bô (Cochinchine). Les deux grandes villes, Hanoï (la capitale) et Hô Chi Minh-Ville (ex Saigon), sont situées respectivement dans le delta du Fleuve Rouge et dans celui du Mékong, régions fertiles dont l’écono¬mie est basée sur la culture du riz. Administrativement le pays est divisé en 53 provinces.

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